La majorité des entrepreneurs canadiens pensent que pour mieux réussir, il leur faut prendre de l’expansion. L’on pourrait s’attendre à ce que, dans le monde des affaires, la croissance et l’insolvabilité soient aux antipodes l’une de l’autre, alors que le plus souvent, elles semblent plutôt évoluer en parallèle.Nous avons tous déjà entendu le dicton : « l’argent est roi ». Pourtant, il arrive souvent que les flux de trésorerie et les besoins en financement soient négligés ou ne soient pas correctement pris en compte. Pour un prêteur, le coussin de sécurité, les impondérables ou les dépassements de coûts sont des éléments qui devraient être couverts par la trésorerie de l’entreprise. Malheureusement, dans la majorité des crises de liquidité dont j’ai été témoin, les actionnaires ne disposaient pas du capital qu’il fallait pour injecter dans l’entreprise. Qu’on le veuille ou non, la croissance et l’insolvabilité, bien qu’à l’opposé l’une de l’autre, sont interreliées, et n’évoluent pas de façon linéaire, l’une vers la gauche et l’autre vers la droite, comme le montre le tableau 1. La croissance et l’insolvabilité font davantage penser à une bascule : il suffit d’ajouter ne serait-ce qu’une livre, ou une nouvelle force, à une extrémité pour faire basculer l’autre. Le tableau 2 illustre le capital requis pour entreprendre une campagne de croissance. C’est ici que l’expression « l’argent est roi » prend toute sa signification. Dans le tableau, le capital requis n’est pas représenté par une ligne droite, car plus la croissance est importante, plus il faut du capital pour s’assurer de ne pas tomber « au-dessous de la ligne ». Bien que ce tableau ne tienne compte d’aucun des autres facteurs nécessaires à une croissance réussie, comme la mise en œuvre et une bonne exécution, il illustre bien néanmoins le fragile équilibre qui règne entre les deux positions de la croissance et de l’insolvabilité. J’ai constaté ce fragile équilibre, et la nécessité de bien comprendre les besoins en capital, lorsque j’ai évalué la possibilité d’accorder un financement à une entreprise qui s’était retrouvée à court de liquidités en raison de dépassements de coûts et d’un programme informatique mal exécuté. Pourtant, deux ans auparavant, cette entreprise versait un dividende bien mérité de 5 M$ à ses actionnaires.Prenons en exemple cette situation que j’ai observée un certain nombre de fois : un entrepreneur crée une entreprise prospère spécialisée dans la fabrication de « gadgets ». Ses recettes s’élèvent à 500 000 $ et son revenu net, à 50 000 $. L’entrepreneur croit que s’il double ses ventes, il doublera son revenu net, ou que s’il ouvre un deuxième magasin, il parviendra au même résultat. Toutefois, ce n’est pas ce qui se produit dans la majorité des cas, car un certain nombre de facteurs auxquels l’entrepreneur n’a pas pensé entrent en jeu, les principaux étant les coûts de la main-d’œuvre ainsi que le temps et l’énergie que l’entrepreneur doit consacrer. Je suis le premier à admettre que je n’ai pas le tempérament d’un entrepreneur, car je serais beaucoup trop pessimiste pour réussir en affaire; toutefois, si vous devez opérer quelque changement que ce soit à votre entreprise, assurez-vous de le faire en connaissance de cause et après avoir analysé tous les résultats plausibles et possibles.Selon une étude récente réalisée par Ernst & Young intitulée « Les cadres procèdent à des F&A à un rythme record », 78 % des cadres canadiens ont l’intention de procéder à une F&A au cours des 12 prochains mois contre 52 % des répondants à l’échelle mondiale. L’âge moyen de l’entrepreneur canadien ne cesse d’augmenter, et bon nombre des membres de la génération du baby-boom songent à monnayer la participation qu’ils ont accumulée dans leurs entreprises. Ces statistiques et tendances m’amènent à croire que la prochaine génération d’entrepreneurs canadiens devra être mieux préparée à faire face aux possibilités de croissance et d’expansion qui s’offriront à elle. Le marché donnera aux entrepreneurs l’embarras du choix, dans un contexte marqué par des taux d’intérêt qui resteront relativement faibles et un marché du financement compétitif; les institutions financières et les prêteurs privés sauteront sur cette occasion de leur accorder leur financement.Notre économie a besoin d’un plus grand nombre d’entrepreneurs canadiens solides; c’est le socle sur lequel repose aujourd’hui l’économie canadienne que nous avons bâtie et qui soutient notre PIB. Les entrepreneurs de demain devront examiner la situation de leurs entreprises avec plus d’attention et ne pas supposer simplement qu’ils connaissent toutes les réponses. Ils devront comprendre que la croissance et l’insolvabilité n’évoluent pas à l’opposé l’une de l’autre. Une expansion ou une stratégie de croissance mal exécutée en l’absence de la structure financière requise pourrait les faire basculer « au-dessous de la ligne » et les exposer au risque d’insolvabilité.Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de son employeur.
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Blogues > La croissance et le risque de dérive
par Par Matthew Golding, CMA, CPA, PAIR
12 février 2026